Inauguration du chemin de mémoire à Novalaise
Belle inauguration ce 21 mars matin à Novalaise du panneau commémorant les combats de Juin 1940. Bravo à Madame le Maire Claudine Tavel et à son conseil municipal d’avoir accepté de répondre à la sollicitation de la Fédération des Soldats de Montagne qui porte dans tout l’arc alpin un triptyque de mémoire en hommage aux soldats de l’Armée des Alpes. Un projet qui s’inscrit dans le programme « chemins de mémoire » du ministère des Armées et du ministère de la Culture et soutenu pas les collectivités locales. Merci aux Généraux Pons et Klein, aux portes-drapeaux, aux chasseurs du 13eme BCA, aux élus et aux nombreux enfants des écoles présents. « Parce qu'ils ont accompli leur mission, parce qu'ils ont combattu avec détermination et honneur, parce qu'ils ont été fidèles à leur devise « on ne passe pas ! », les soldats de l'armée des Alpes s'inscrivent dans la filiation glorieuse de toutes nos armées. » Grand merci à Madame Marina Ferrari, Députée de Savoie pour le reportage et à la mairie de Novalaise pour les photos...


Panneau Novalaise
Crédit photo Marina Ferrari
Allocution du GDI ( 2S ) Michel Klein, président d’honneur de la Fédération des soldats de montagne.
« Madame la Ministre, Monsieur le Sénateur, Mme la Maire de Novalaise, mesdames et messieurs les élus, mon commandant représentant le chef de corps du 13e BCA, mon colonel délégué militaire adjoint de Savoie, mon général président de la Fédération des Soldats de Montagne, monsieur le directeur de l’ONAC/VG, mesdames et messieurs les présidents d’association, mesdames et messieurs les porte-drapeaux, mesdames et messieurs.
Le 25 juin 1940, le général d’armée René Olry, commandant l’armée des Alpes, écrivait dans son ordre du jour : « Au moment où cessent les hostilités, je remercie les troupes de l’armée des Alpes de l’effort qu’elles viennent de fournir. Réduits, face à la frontière italienne, aux troupes de forteresse et à trois divisions, elles ont contenu les deux armées italiennes qui leur étaient opposées à l’effectif d’une trentaine de divisions. A l’attaque allemande contre les arrières de l’armée, je ne pouvais qu’opposer des réserves infimes. La dé- fense a été improvisée et assurée par des soldats de la Grande Guerre et des jeunes recrues. Tous ont tenu le coup contre des forces bien supérieures, élite d’une armée allemande puissante dont la poussée a été limitée pied à pied dès que leur contact a été pris ».
Tandis que, depuis le 10 juin – jour de la déclaration de guerre de l’Italie à la France -, l’armée des Alpes porte son effort défensif sur la frontière franco-italienne, une autre menace se précise sur le nord du dispositif de cette armée des Alpes. L’armée allemande, ayant percé le front à Sedan pourrait poursuivre son offensive vers le sud de la France. Ainsi, dès le 15 juin, le général Olry prend la décision de « faire face à ce nouvel ennemi sans enlever un homme, une arme aux troupes qui font face à l’Italie ».
L’état-major de l’armée des Alpes va réussir à lever en masse des unités régionales, à reconstituer des unités à partir d’entités se repliant du Nord-Est, à récupérer dans les usines et les dépôts des armements et canons, à insérer des compagnies de l’armée de l’air et des canonniers marins du port de Toulon. Près de 30 000 hommes et 130 canons sont intégrés dans deux groupements ; celui du général Cartier qui doit défendre le Rhône de Bellegarde à Lyon et celui du général Vichier-Guerre au Nord de Valence. La menace allemande se confirme ; les premières unités blindés allemandes atteignent le Doubs le 16 juin puis Lons le Saunier le 17. Le 18 juin, sous la pression du maire de Lyon -Mr Edouard Herriot-, le général Weygand annonce au général Olry que Lyon est décrétée ville ouverte ; aucune défense et aucune destruction ne doivent être réalisées dans la ville. Les plaines de l’est lyonnais et les terres froides sont indé- fendables avec les effectifs réduits que possède le groupement Cartier.
En outre, le 18 juin, faisant suite à sa rencontre avec Mussolini, Hitler décide, afin de faciliter les attaques italiennes sur la frontière, de lancer une offensive sur les arrières de l’armée des Alpes avec un corps d’armée composé de trois divisions blindées et motorisée renforcées.
Ne pouvant plus appuyer sa défense sur le Rhône, le général Olry déplace sa première ligne de défense sur l’Isère, sur le Guiers, et le Rhône au nord de Yenne. Avec ses sept sous-groupements, le général Cartier doit défendre cette ligne à partir du 20 juin. Les reconnaissances allemandes entrent dans Lyon le 19 juin soir.
La défense du Guiers est assurée par les unités du colonel de Bissy dont le poste de commandement se trouve à l’hôtel Bellemin à Novalaise ; les liaisons sont établies vers Saint Genix, Pont de Beauvoisin, Belmont, Domessin et La Bridoire. Le sous-groupement de Bissy a pour mission d’interdire à l’ennemi les accès aux cols de l’Epine et de Couz. La défense s’organise sur trois lignes : le Guiers, la ligne du Mont Tournierà la Bridoire et enfin le pied de la Chartreuse. Sur Le Guiers, les unités réalisent des points d’appui face aux ponts et aux zones potentielles de franchissement par gué et dans les localités ; des barricades obstruent les voies d’accès. Les unités du génie préparent les destructions des ponts.
Sur ordre du colonel de Bissy, le pont François 1er et le pont de la voie ferrée de la ville de Pont de Beauvoisin sont détruits le 23 juin à 9 h à l’arrivée des reconnaissances d’un régiment de chars de la 3e division blindée. Vers 14 h, les premiers chars franchissent le Guiers sur le pont de Saint Albin resté intact du fait d’une défaillance du système de destruction. Le point d’appui de Saint Béron et l’artillerie détruisent deux chars et interdisent le franchissement durant toute l’après-midi. Mais les fantassins allemands franchissent le Guiers au sud par le pont de la voie ferrée et au nord par un gué ; ils sont en mesure de prendre en tenaille toutes les unités de Pont de Beauvoisin. Le colonel de Bissy ordonne un repli vers la ville de La Bridoire.
A Saint Genix sur Guiers, les reconnaissances d’un régiment d’infanterie motorisée de la 13 division d’infanterie aborde la ville le 23 juin vers 17 h ; le colonel de Bissy donne l’ordre de la destruction du pont.
Les unités allemandes sont prises à partie par les points d’appui tenus par les chasseurs alpins du détachement d’infanterie 143 du commandant Chazallet ; l’artillerie française de 75 mm déclenche des tirs sur le deuxième échelon adverse. Face à la menace allemande venant de Pont de Beauvoisin, les unités doivent se replier vers les cols débouchant sur Novalaise et le lac d’Aiguebelette.
Le 24 juin matin, une partie des unités allemandes du régiment blindé, ayant réduit la défense de Pont de Beauvoisin attaque en direction de La Bridoire et du lac Aiguebelette, l’autre partie attaque vers la ville des Echelles par les gorges de Chailles. La résistance des Echelles et d’Entre-deux-Guiers est âpre ; les deux villes sont encerclées. Le tunnel de la cascade de Couz est miné, prêt à être détruit ; les forces allemandes ne pourront rejoindre Chambéry à partir des Echelles. Ainsi, à l’initiative de monsieur Viard, maire des Echelles, les officiers français et allemands se mettent d’accord pour un cessez le feu ; les unités françaises vont se replier dans les bois à l’Est de la ville avant 20H30 et les forces allemandes restant sur place dans la ville.
Le 24 juin à 13 h, le général Cartier donne l’ordre au colonel de Bissy de rétrécir son front pour éviter l’encerclement. Cependant, deux compagnies tenant les cols à l’ouest de Novalaise n’ont pas reçu l’ordre de repli ; elles sont encerclées à 18h30 et doivent se rendre. La défense du col de L’Epine s’organise autour de trois compagnies de chasseurs alpins, renforcées d’artillerie de 65 et 75 mm sous les ordres du commandant Chazallet. Le col de l’Epine est tenu, les hauteurs Est de Novalaise sont tenues par deux compagnies. La route du col est minée, une destruction est préparée. A 19h24, le tunnel de la voie ferrée Aiguebelette-Chambéry est obstrué sur 50 mètres à la sortie Est ; il était temps !
A 19h30, des patrouilles allemandes entrent dans Novalaise ; elles circulent dans les rues, tirent sur des soldats isolés, font des dégâts dans les magasins, fouillent les maisons. Informé que l’armistice avec l’Italie venait d’être signé, l’officier allemand regroupe son unité et rejoint Ayn. Le matin du 25 juin, le commandant Chazallet avec une quarantaine de chasseurs réoccupe Novalaise. Plus tard, un officier allemand réclame le droit de réoccuper la ville. Le commandant Chazallet lui répond : « Vous n’avez pas à occuper Novalaise. Moi, j’y suis et j’y reste. »



Prise de paroles du GCA ( 2S ) Vincent Pons, président de la Fédération des soldats de montagne
« Mesdames et messieurs en vos grades et qualités, chers anciens, chers amis,
Nous voici rassemblés dans la commune de Novalaise pour poursuivre la mise en place de ce magnifique projet de triptyque de la Bataille des Alpes initié il y a quelques années par la Fédération des soldats de montagne sous la présidence du général de division Michel Klein, avec l’appui du ministère des armées et de très nombreux acteurs locaux de tout l’arc alpin, depuis la Haute Savoie jusqu’aux Alpes Maritimes. Le triptyque répondait à la volonté de faire sortir de l’ombre une page trop méconnue de notre Histoire, celle de l’armée invaincue des Alpes de juin 1940 qui fit vaillamment face aux armées italienne et allemande alors que la France s’apprêtait à capituler. Cette résistance victorieuse fut incontestablement un des ferments de ce qui sera la reconquête de notre pays en 1945 dont nous commémorons cette année le 80e anniversaire. Ses glorieux combattants constituèrent en effet une part importante de l’armée d’armistice et irriguèrent profondément les maquis alpins, leur apportant une inestimable expérience et un magnifique état d’esprit conquérant. Le général René Olry, brillant commandant en chef de l’Armée des Alpes, l’avait parfaitement pressenti lorsqu’il s’adressa ainsi à ses hommes dans son ordre du jour du 25 juin 1940 : « Ceux qui ont fait cela ont le droit d’en être fiers. Moi-même, je le suis de tous ceux qui ont combattu face à l’Est, face à L’Ouest, face au Nord. … Notre chère France n’est pas morte, elle ne peut mourir. J’ai foi indéfectible en son avenir. Vous l’avez bien défendue. Merci. Croyez en elle. Courage et confiance, vous la reverrez forte et belle ». Souhaitons que dans la période que nous vivons aujourd’hui, faites de profondes incertitudes, la bravoure et la ténacité des combattants de l’Armée des Alpes puissent continuer de nous inspirer.
Pour développer ce tourisme de mémoire, car il s’agit bien ici de faire connaître à nos concitoyens et singulièrement aux jeunes générations un épisode déterminant de leur Histoire, le triptyque a mis en place dans l’arc alpin 18 chemins de mémoire constitués d’environ 150 panneaux pédagogiques rappelant les combats de juin 1940, a créé un site internet nommé « labataillesdesalpes » qui permet de disposer d’une information historique très complète et qui est accessible depuis les QR code présents sur les panneaux, et le triptyque a enfin édité un guide vert Michelin « sur les traces de l’Armée des Alpes », disponible gratuitement et support idéal pour préparer un voyage mémoriel.
Je voudrais ici vivement remercier tous ceux qui ont œuvré pour que le triptyque de la Bataille des Alpes devienne une réalité concrète, offrant à nos concitoyens, à l’ Education nationale et aux soldats de montagne d’aujourd’hui un formidable support pour faire vivre la mémoire de nos glorieux anciens. Je pense avant tout aux nombreux bénévoles qui ont effectué les recherches historiques et les démarches auprès des communes pour l’installation des panneaux. Je pense bien entendu à tous les acteurs institutionnels qui ont résolument soutenu le projet, étatiques, avec le ministère des armées et le comité de massif des Alpes, régionaux avec les régions Auvergne-Rhône Alpes et Provence Alpes Côte d’Azur, départementaux et communaux avec les conseils départementaux et les communes ou communautés de communes concernés dans tout l’arc alpin.
Pour le montage des chemins de mémoire en Savoie, je souhaite remercier particulièrement le général de division Patrick Moussu, coordinateur général des trois parcours savoyards, en Tarentaise où il était assisté du colonel Dominique Besse, en Maurienne où il était assisté du général de division Ratel et dans l’ avantpays savoyard dont il s’est occupé personnellement, aidé par le colonel Kevin Machet pour les récits des combats. Merci également à M. Laurent Demouzon, historien bien connu des troupes de montagne, pour l’aimable prêt de photos illustrant les panneaux. Le triptyque n’aurait pas pu voir le jour sans l’aide très précieuse des acteurs institutionnels locaux. Monsieur le conseiller départemental, le soutien financier du conseil départemental de Savoie a en particulier été déterminant, un très grand merci au Président Gaymard. L’accueil et l’aide des communes étaient évidemment indispensables, attestant s’il en était besoin du lien charnel des troupes de montagne avec le territoire alpin. Madame le maire de Novalaise, vous êtes aujourd’hui à la fois notre hôte et la représentante de ces communes savoyardes.
Soyez très vivement remerciée pour votre accueil et pour avoir organisé cette inauguration qui rehausse incontestablement la mise en place du triptyque dans l’avant-pays savoyard.
Je vous remercie pour votre présence et votre attention. »